Manège à sensations

Le point de vue de Mylène, cofondatrice et membre soutien à Rhizomes, sur nos aventures des derniers mois, avec ses hauts et ses bas.

Mercredi matin, jour de fermeture de l’école, je me réveille avec la tête qui tourne et le dos fourbu, comme si j’avais passé la nuit à faire des loopings dans un grand huit… Ce n’est pas la première fois que j’ai cette impression, et aujourd’hui j’ai envie et besoin d’accueillir ces ressentis, de tenter d’en comprendre le sens, d’être honnête avec moi-même. Quelle est cette machine à laver nocturne qui me met régulièrement la tête à l’envers depuis environ 6 mois ? Quel message puis-je ou dois-je lire entre les lignes de ce que mon corps tente d’exprimer ? Peu à peu, j’entrevois des bribes de réponses… C’est très aidant de mettre des mots, de prendre ce temps pour soi, et aussi… pour le partager. Bienvenue dans mon grand-huit, il s’appelle RHIZOMES, est accessible et gratuit, garanti sans danger corporel et d’une durée à ce jour… sans limite. Le wagon est prêt, le départ est instantané. Alors si l’aventure vous tente… il ne reste qu’à embarquer !

Grisant !

Aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais été adepte des manèges à sensations. Ce qui me faisait y aller quand même ? D’abord … Les autres ! Pas question de me défiler, j’avais à cœur de me montrer forte et d’oser. Alors c’était parti, sans me poser de question ! Relever le défi, voilà bien une expression qui me correspond. Une fois installée, j’avoue que je me laissais griser par les montées : cette attente, les hypothèses un peu folles de ce qui nous attend une fois parvenus au sommet, ces rires parfois nerveux et les échanges d’émotions : ça, oui, j’en garde de bons souvenirs. Avec RHIZOMES, l’expérience a largement été à la hauteur de ces promesses ! Durant toute la phase « projet », des écoles déjà ouvertes nous avaient raconté leurs aventures, nous étions proches de nos collègues de NovAgora, l’école démocratique de Strasbourg, première d’Alsace. Nous pouvions imaginer (en partie) ce qui nous attendait, nous étions dans l’euphorie des préparatifs, pleins d’énergie et résolument tournés vers notre objectif : ouvrir l’école en septembre 2019. Des difficultés, nous en avons rencontrées bien-sûr, et nous avions la force et la conviction suffisante pour les surmonter ensemble, et continuer d’avancer. Avec le recul, je vois cette étape, de juin 2018 à septembre 2019, comme le « petit train de la mine ». Vous savez, cette attraction raisonnable et sympathique que vous pouvez emprunter sans avoir à vous sangler sur le siège ? Celle qui vous fait des chatouilles dans le bas-ventre et à l’issue de laquelle vous en reprendriez bien une petite dose ? La montée semblait vertigineuse quand j’y repense, nous avons surmonté tant d’obstacles et abattu tant de travail… C’était impressionnant, grisant ! Maintenant et à la lumière des étapes suivantes du manège, je me dis que ce n’était qu’un aperçu des sensations à venir…

Ça secoue…

2 septembre 2019 : date pleine de promesses et de douceurs, nous avons ouvert l’école ! Sentiments mêlés à la fois de fierté, de joie, de gratitude, d’inquiétude pour tout l’inconnu qui s’offrait à nous… Nous étions, sans vraiment en avoir conscience, montés dans les vraies montagnes russes… ! Le tourbillon ne s’est pas fait attendre : un article de presse mitigé, des premières difficultés avec des familles qui croyaient avoir compris et adhéré à notre philosophie mais qui n’en avaient en réalité pas saisi le sens… La réalité me rattrape : première descente un peu brutale, aïe, ce n’est pas très agréable mais je n’ai pas vraiment le temps d’y réfléchir : la montée suivante est déjà engagée. Il faut faire connaître l’école pour espérer de nouvelles inscriptions, innover pour rendre l’école accessible, oser explorer plus en profondeur encore des terrains non sécurisés. Nous décidons de faire une croix sur un hypothétique demi-salaire pour mettre en place des frais de scolarité libres en conscience, et permettre ainsi à des familles de nous rejoindre et découvrir l’éducation démocratique. En parallèle, l’équipe est fragilisée, certaines personnes se désengagent et nous nous retrouvons en tout petit nombre pour continuer à porter cette école et en assumer les nombreuses tâches et responsabilités. Cette descente-là est bien plus douloureuse que la précédente. Je suis sonnée, étourdie, j’ai du mal à me concentrer sur la suite. Mais là encore, pas le temps d’accepter ma colère, mon incompréhension … Le rythme s’accélère, je n’ai même pas vu venir la montée d’après qui est déjà presque engloutie dans l’élan de la pente précédente ! Nous accueillons à l’école de nouveaux membres, enfin ! Une vie collective se met en place, avec des dynamiques intéressantes, des interactions variées : youpi ! Toute à cette joie nouvelle et tant attendue, je ne vois pas venir la chute : un mécène incertain pour l’année prochaine, des doutes sur l’effectif des membres dans les prochaines semaines, tout cela fait vaciller notre fragile équilibre budgétaire… J’en suis là. Secouée, fatiguée, bien consciente de l’énergie à investir mais pas tout à fait capable de la mobiliser dans l’immédiat. Pourquoi suis-je encore dans cette école ? Je galère vraiment, ne serait-ce que financièrement, et hier soir encore, pour la troisième fois depuis l’ouverture de l’école, j’ai reçu une offre d’emploi avec une rémunération conséquente. « Attractive », disait le monsieur au téléphone… Je me suis à nouveau entendue décliner sa proposition, instinctivement, sans même y penser. Pour quelles raisons ? Moi qui suis habituellement si réfléchie et prévoyante, je ne prends même pas la peine d’écouter ni de peser le pour et le contre ?! Je suis secouée, certes, mais tout de même…

… Encore un tour !

Alors je me pose ce matin pour m’interroger : Pourquoi ? Qu’est-ce qui me fait repartir pour un tour dans ces conditions, ces incertitudes, ces difficultés financières ? Pour qui, pour quoi, pourquoi ? La réponse me vient avec une évidence vibrante, tellement naturelle et forte que je dois m’allonger, submergée d’émotions. POURQUOI ? Eh bien parce qu’il y a cette jeune personne, que je revois si nettement la veille de l’ouverture de l’école. Assise entre ses parents, elle n’était que souffrance. Son visage éteint, inondé de larmes, elle ne pouvait même pas s’exprimer tant sa peur de l’école primaire lui enserrait le cœur et l’esprit. Cette personne aujourd’hui, à RHIZOMES, je l’entends remplir l’école de ses rires et parfois même de ses cris, je discute avec elle chaque jour, nous partageons des idées, je la vois s’épanouir, avoir des projets, vivre. Et ça n’a pas de prix à mes yeux. POURQUOI ? Parce qu’il y a Héloïse et André, devenus bien plus que des collègues. J’apprends de chaque minute passée auprès d’eux et des membres de l’école. Je me découvre et les découvre, je nous sens reliés à notre nature sincère et profonde, je me sens vivante, tellement… POURQUOI ? Parce que chaque semaine j’entends un ou une membre raconter avec pudeur un peu de ce qu’il ou elle a vécu ailleurs, de cette violence subie par un système imposé dans lequel leur place était impossible à trouver. Parce que je vois le sourire revenir sur leur visage au moment d’expliquer qu’à RHIZOMES les choses sont différentes, et que je comprends l’espoir vital que cela leur apporte, la confiance retrouvée qui peut à nouveau s’installer. POURQUOI ? Il y aurait tant encore à raconter ! Alors je vais faire court. Parce que je sens au fond de moi que ce que nous vivons à RHIZOMES a du sens, que tout cela est juste, j’oserais même dire, que nous expérimentons l’Amour avec un grand « A ». Autre chose, aujourd’hui, n’est pas concevable sur mon chemin. Alors oui, mille fois oui, je repars pour un tour ! Advienne que pourra, les montées comme les descentes, la fatigue comme les moments d’euphorie : je me sens forte car je ne suis pas seule. Merci à ces êtres qui m’entourent. Avec tendresse, douce journée à tou.te.s ♥

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