Témoignage de parent

L’une des fondatrices et membre soutien (=facilitatrice) de Rhizomes, Mylène, nous partage son expérience en tant que mère d’un jeune en école démocratique – comment elle a vécu cette transition qui lui a permis de cheminer sur le plan familial puis de se lancer elle-même dans l’aventure démocratique…

« Et votre grand, ça va l’école ? »

Il y a quelques mois encore, cette simple question me terrifiait. Aujourd’hui, je crois que je l’apprécie vraiment, voire même, je l’attends parfois … Car elle est inévitablement suivie d’un florilège d’autres qui me permettent de démontrer, avec de plus en plus d’arguments et de conviction au fil des jours, la pertinence de ce que nous proposons dans une école démocratique. Il est cependant une question tout aussi importante à mes yeux, et qu’à ce jour personne ne m’a encore posée… Dans ces écoles nous passons pourtant un temps et une énergie incroyables à accompagner les réponses qui devront inévitablement être proposées. Alors, cette question, une idée ? … 🙂

« Et vous, parent, ça va l’école ? »

Eh oui, les difficultés d’adaptation ne sont pas l’apanage des plus jeunes, bien au contraire. Être parent d’un.e enfant qui fréquente une école démocratique, c’est une aventure qui se vit 24 heures sur 24, qui entraîne son lot de doutes et de remises en question, d’émerveillements et de promesses, et aussi – voire surtout -, d’apprentissages (si, si !). Si vous êtes prêt.e.s à rencontrer vraiment votre enfant, à re-découvrir votre propre nature profonde, à contribuer à un avenir meilleur, alors, n’hésitez plus : acceptez que votre enfant devienne membre d’une école démocratique ! L’aventure n’est pas toujours un long fleuve tranquille, et elle est différente pour chaque famille. J’ai eu envie de témoigner de ce que j’ai vécu et continue de vivre, dans l’idée de rendre visible avec honnêteté et authenticité, et qui sait, peut-être aussi d’inviter d’autres parents à évoquer à leur tour leurs ressentis, première étape pour pouvoir les accepter:)

Mon chemin vers l’école démocratique (rapide historique)

Je connaissais les écoles démocratiques avant d’envisager que l’un de nos enfants puisse s’y inscrire. Pourtant convaincue du bien-fondé de cette approche, je n’y ai pas songé un seul instant quand nos enfants ont atteint l’âge d’entrer à l’école « classique ». Sans aucun doute ni aucune remise en question du système établi, et puisqu’avec mon mari et comme tant d’autres personnes nous étions convaincus que l’école est obligatoire, nous les avons donc inscrits à l’école maternelle, puis primaire, et enfin au collège. Les années passant, je voyais combien notre fils aîné se sentait écrasé par le cadre qui lui était imposé autant que par les relations instaurées avec les autres enfants dans un tel contexte. Son arrivée au collège a été une souffrance considérable qu’il a supportée avec un admirable courage durant près de 3 ans. Jusqu’au printemps 2018. Puisque nous, ses parents, ne semblions pas entendre les messages qu’il tentait à sa façon de nous transmettre, son corps a pris le relais des mots que nous refusions obstinément d’entendre : perte de sommeil, d’appétit, et du goût de vivre, tout simplement. Par pudeur pour notre fils, je n’en dirai pas davantage, si ce n’est que dans cette période douloureuse et difficile, nous avons eu beaucoup de chance et d’innombrables preuves de l’intelligence hors norme de notre enfant.

La découverte

Reprendre le chemin du collège n’était pas une option. Préserver le bien-être de notre fils est devenu une priorité. Nous avons donc cherché des structures dites alternatives et pouvant répondre aux besoins de sincérité relationnelle et de liberté qu’exprimait notre fils. C’est à cette occasion que j’ai repris le fil d’une réflexion abandonnée des années auparavant et que j’ai entrepris de me renseigner sur les écoles démocratiques dans notre secteur géographique. Nous avons découvert qu’une telle école avait ouvert ses portes à quelques kilomètres de notre domicile. Le contact fut facile et rapide, l’équipe s’est montrée compréhensive et disponible. Je garde de la visite des lieux un souvenir à la fois confus et intense. Je sentais intuitivement que tout cela était encore un peu tôt pour notre fils. Il était dans un tel état d’épuisement physique et émotionnel…  En même temps je découvrais véritablement et concrètement un endroit dont je n’avais jamais osé rêver : un lieu de vie qui puisse permettre à chacun d’explorer à son rythme, de s’exprimer, d’expérimenter et de se réaliser. Je sentais que tout cela était juste et censé, et en même temps, une partie de moi était déjà en résistance… Comment convaincre mon mari ? Comment rendre cela compatible avec les exigences de notre société, les impératifs éducatifs, les programmes scolaires et les sacro-saints diplômes ? Que de questions qui, en ce lieu, avec des personnes douces, professionnelles et à l’écoute, trouvaient des réponses inédites. Au fond de moi résonnait le mot « humanité ». Quelque chose de profond, de vrai, qui me bouleversait et m’apportait en même temps une sensation agréable de sérénité et d’alignement avec mes valeurs et croyances. De l’inconfort aussi, comme un passage obligé …

Les négociations, ou le grand-écart

Notre fils ayant accepté de tenter sa chance dans cette école, ce fut pour moi le début d’une longue étape de négociations. Avec mon mari d’abord, pour qui une école n’existe pas autrement que dans la représentation classique qu’il s’en fait : avec des enseignants et des programmes, de la discipline et un emploi du temps. Sans oublier des diplômes à la clé comme garanties d’un avenir stable et d’une « situation sociale ». Je m’armais de patience, d’empathie et aussi d’arguments pour commencer à déconstruire des années de conditionnement et de fausses croyances… A commencer par le fait que, non, l’école n’est pas obligatoire ! Peu à peu, les négociations se sont élargies à la famille et aux ami.e.s qui m’opposaient les un.e.s après les autres les mêmes barrières que mon mari. Puis ce fut le tour de notre fils cadet qui s’interrogeait sur cette soi-disant école qui permettait que son grand frère rentre le soir sans aucun devoir, sans mot dans aucun carnet, sans bulletin scolaire … Mais surtout, et ce fut pour moi le plus compliqué, je m’engageais dans des négociations … avec moi-même ! J’avais eu l’illusion de me croire exempte des conditionnements et croyances que je constatais chez les autres … Grave erreur. Je me réveillais certaines nuits avec le cœur battant et en proie à une peur panique : que deviendrait notre garçon s’il venait à ne pas maîtriser ce fameux socle de compétences et de connaissances? Quelles voies lui seraient accessibles sans le brevet, sans le baccalauréat, potentiellement sans diplôme ? etc. Je faisais au quotidien le grand-écart entre mes propres doutes et ma posture sûre et convaincante face à toutes les questions soulevées par des personnes de mon entourage. Cette situation était fatigante, épuisante même. Je me sentais vaciller sur mes propres fondations et avancer en terrain mouvant alors que je l’avais cru si longtemps stable et balisé. Sans compter que le comportement de notre fils aîné changeait aussi à la maison. Il remettait en question de nombreuses choses que nous pensions évidentes ou acquises, demandait des explications sur telle ou telle règle mise en place, sur la façon dont nous l’avions convenue, etc. La démocratie s’invitait à notre table, ainsi que quelques lectures pas du tout anodines telle « La domination adulte » de Yves Bonnardel ! Certaines journées me semblaient infiniment longues…

Le lâcher-prise, le vrai

Au fil des jours, des semaines et des mois, les peurs se sont apaisées, les doutes ont disparu, remplacés par la conviction profonde d’avoir fait le bon choix avec et pour notre fils. Cette évolution s’est trouvée grandement facilitée par le simple constat que notre garçon reprenait vie, gagnait confiance en lui, osait des initiatives qui auraient été impossibles pour lui quelques mois plus tôt. Ce lâcher-prise véritable m’a ouvert les yeux de bien des façons. Etant enfin libérée du regard « scolaire » que j’avais pu porter sur nos enfants, j’ai pu accepter de leur accorder une confiance pleine et entière dans le choix de leurs activités, et leur faire part ouvertement de mes propres souhaits et limites quand quelque chose me heurtait. Ce faisant, je suis allée à la rencontre de ces êtres humains. J’ai découvert un peu de qui ils sont, avec authenticité et énormément d’amour. J’ai senti des barrières se lever dans nos relations, en même temps que s’installait une sincérité et une confiance réciproques. Notre relation continue d’évoluer et de se renforcer au fil des jours, et pour cela je me sens pleine de joie et de reconnaissance. Le temps que nous passons ensemble est désormais riche et enthousiasmant. Il n’est pas dépourvu de tensions, loin de là, mais ces dernières sont abordées avec respect mutuel et sérénité car chacun.e dispose d’un espace pour s’exprimer et se sait entendu. Et cela change le quotidien, le rendant parfois plus complexe, et également tellement plus humain.

Consciemment incompétente

Aujourd’hui je sais que j’apprends à connaître les personnes qui m’entourent autant que je me découvre moi-même dans la relation à l’autre et au monde. Nos enfants m’ont fait grandir, je suis fière de ce chemin que nous avons parcouru, et heureuse de tout ce qui nous reste à explorer. J’ai suivi des formations et lu des ouvrages qui m’ont nourrie, ont ouvert des tas de portes possibles, et je me sens curieuse de continuer à en apprendre chaque jour davantage. Sauter le pas de l’éducation démocratique a été une révélation, un choix difficile puis finalement assumé de se tourner vers l’Humain. J’affirme être consciemment incompétente, avec tout ce que cela entraîne comme opportunités ! Je souhaite à chacun.e d’oser et de vivre une telle aventure avec sa famille.

Et demain ? Vive l’Avenir … Ensemble

Grâce aux récentes découvertes et travaux en neurosciences, nous savons que le cerveau humain est prédisposé pour apprendre ce qui lui est utile dans son environnement de vie, ce qui suscite son intérêt et donc, surtout, son enthousiasme. Les écoles démocratiques visent à rendre concrète cette approche. L’ambition est de créer un environnement où chacun.e se sent respecté.e dans ce qu’il/elle est, pense et fait, sans jugement; et où les droits et les devoirs sont les mêmes pour tou.te.s. Dans un climat de bienveillance, de confiance et d’équité, chacun.e est alors porté.e à découvrir ses aspirations et potentiels propres, prend confiance en ce qu’il/elle est et peut alors pleinement trouver sa place et la construire, avec sérénité, détermination et bonheur. Au travers de l’éducation démocratique je suis fière de contribuer à promouvoir la reliance des individus dans un contexte de gouvernance partagée qui permet d’imaginer un processus de concertation permanent et de développer la coopération entre tou.te.s pour co-construire le bien commun.

Merci pour votre lecture et … à bientôt 🙂


Si vous souhaitez vous aussi témoigner de votre expérience en tant que famille d’un.e membre en école démocratique, n’hésitez pas à nous envoyer votre texte et vos éventuelles photos à l’adresse e-mail de l’école ! Nous vous publierons avec grand plaisir !

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